Quand les Chinois viendront skier dans les Alpes françaises


En diffusant la version chinoise de son clip « J’aime la Maurienne » sur les réseaux sociaux chinois, le chanteur français Dantès Dai Liang promeut sa région natale auprès de potentiels visiteurs asiatiques (version chinoise ci-dessous)
Réunis à l’occasion de la diffusion du clip promotionnel du chanteur Dantès Dai Liang, des acteurs du tourisme et des élus locaux ont débattu sur l’attractivité des Alpes françaises auprès des touristes chinois. Le directeur de la stratégie Montagne du Club Med a dévoilé son plan croisé à 10 ans en France et en Chine.
« Pendant les six années à venir, les yeux vont être tournés vers l’Asie, avec les Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang en Corée du sud en 2018 et de Pékin en 2022. » Réunis autour d’une table ronde organisée par l’office de tourisme de Valloire (Haute Savoie), les acteurs du tourisme de montagne et les élus locaux de la région Auvergne-Rhônes-Alpes se sont interrogés sur les moyens d’attirer la clientèle chinoise dans les stations des Alpes françaises. Le contexte semble porteur avec un nombre de skieurs chinois en pleine expansion, et une pratique encouragée par le gouvernement chinois qui a annoncé son objectif de 300 millions d’adeptes de sports de montagne dans tout le pays d’ici 25 ans. Mais la partie est loin d’être gagnée avec seulement 100.000 touristes chinois accueillis en Savoie Mont Blanc en 2015.

 

Initiatives groupées
« Il faut se positionner rapidement pour profiter de l’effet des Olympiades », a insisté Perrine Pelen, responsable marché extérieur de Savoie Mont Blanc Tourisme, selon laquelle l’observation de la concurrence est riche d’enseignements. La Suisse voit un certain nombre de ses destinations obtenir la certification ‘Chinese Tourist Welcome Quality Services’, un label en trois étapes mis en place par le Chinese Ountbound Tourism Research Institute garantissant la prise en compte des caractéristiques culturelles du client chinois, telles que la présence indispensable de la bouilloire dans la chambre d’hôtel et d’un espace dédié au shopping de luxe dans les environs.  Quant à l’Autriche, « elle sait faire preuve d’unité », a souligné Perrine Pelen : « lors du salon ISPO à Pékin, les stations de ski, les industriels et les agences de voyage étaient regroupés sous la seule identité visuelle Autriche. »

 

Jean-Marc Silva, directeur de France Montagne, association des principaux acteurs du tourisme de montagne en France, a affirmé sa volonté d’organiser  des opérations groupées Montagnes Françaises en Chine, « comme ce qui a été fait vis-à-vis de la Russie il y a 20 ans, afin d’associer le ski à l’excellence française reconnue à l’international. »
Le Club Med commence par la Chine
La nécessité de « ne pas partir en ordre dispersé » est également primordiale pour Xavier Le Guillermic, directeur de la stratégie Montagne du Club Med, qui se déclare « optimiste sur le long terme, à l’horizon 2025. » Entre temps, « l’éducation sera longue, et commence dans nos villages en Chine. » En novembre 2016, le Club Med ouvrira à Beidahu dans la province du Jilin sa deuxième station de ski chinoise, après Yabuli, située également dans le nord-est de la Chine non loin de Harbin dans la province du Heilongjiang. « Nous ciblons la clientèle chinoise, qui pourra aller skier à terme en Europe et au Japon, où nous avons dans cette optique doublé notre capacité à Hokkaido », explique Xavier Le Guillermic, qui précise que « le ski, qui concerne 200 stations en Chine, reste un hyperluxe. » 

 

Pour la classe moyenne qui ne peut pas se permettre ces vacances haut de gamme, « nous sommes en train de développer un concept de village outdoor urbain permettant la pratique de la randonnée, du tennis ou encore du vélo aux Chinois qui découvrent les loisirs et veulent s’occuper pendant leurs trois semaines de vacances annuelles. » Baptisé Joyview, le projet prévoit entre 5 et 10 ouvertures de villages dans le cadre du plan du Club Med de compter 20 villages en Chine d’ici 10 ans – également dans le balnéaire – contre quatre actuellement.

 

Savoir-faire alpin
Désormais détenu majoritairement par le groupe chinois Fosun, le Club Med ne délaisse pas pour autant les autres continents, et a annoncé 300 millions d’€ d’investissements en France, comprenant l’ouverture chaque année d’un village en montagne pendant quatre ans. Pour cibler la clientèle chinoise, une stratégie croisée prévoit le recrutement de GO chinois dans des villages haut de gamme tels que Valmorel et Peisey Vallandry, pour reconduire l’expérience menée à Chamonix où la présence d’un chef de village chinois pendant un an avait favorisé la venue de touroperators chinois. Du côté chinois, dans le village du Club Med à Yabuli, un partenariat avec l’ESF (Ecole du Ski Français) permet à des moniteurs français de venir former des instructeurs chinois – dans un contexte de pénurie de personnel expérimenté dans les jeunes stations chinoises
Ce rapprochement rappelle l’accord de coopération signé il y a 10 ans entre le Massif des Alpes et la province du Sichuan. Pionnier à l’époque, cet accord offre encore la possibilité à de nombreuses entreprises françaises d’aller travailler dans le Sichuan, à l’instar de l’UCPA qui y a installé un Centre, et d’y développer ainsi une pratique des sports de montagne. Ce savoir-faire spécifique français peut être un atout et pallier des désavantages tels que la quasi absence de shopping de luxe dans la région Auvergne-Rhônes-Alpes et l’image de la France cruellement atteinte ces derniers temps.