Le golf, nouveau chouchou des médias chinois

Le parcours de golf Tianan Jiari à Pékin. Photo :  teekart.com

 
Fini le temps où le golf avait mauvaise presse du fait de son bannissement par le gouvernement chinois. Sa démocratisation est maintenant encouragée pour soutenir le développement d’une Chine sportive et consumériste.
Début novembre 2016, l’Open de France, le plus grand tournoi de golf d’Europe continentale, a été racheté par le groupe chinois HNA. Cette opération peut surprendre quand on se souvient qu’au plus fort de la campagne anti-corruption chinoise, le golf était dans le collimateur du gouvernement de Xi Jinping qui le considérait alors comme une activité favorisant l’entre soi et les malversations des riches officiels du Parti.
Le golf revient pourtant en grâce depuis peu avec la publication fréquente d’articles plus favorables émanant de la presse étatique. En avril 2016, le journal officiel de l’agence chinoise anti-corruption déclarait que « ce n’est ni bien ni mal de jouer au golf. » Et chaque jour les articles sont de plus en plus nombreux à mettre en avant les exploits de la championne nationale Feng Shanshan ou l’inauguration à Shenzhen du premier musée chinois du golf, ou encore à donner des conseils pour peaufiner son swing.

Marché naissant

Comment expliquer un tel revirement ? « Un vent de démocratisation souffle depuis deux ans sur le golf, qui commence à séduire les classes moyennes du fait du changement de perception des politiques et de la baisse significative des coûts d’entrée (d’un tiers voire de la moitié) », avance le site d’information singapourien Zaobao, qui observe que « contrairement aux marchés du golf américains, anglais et japonais matures et saturés, le marché chinois a un potentiel qui ne peut pas être sous-estimé car il va se populariser avec l’élargissement de la classe moyenne. »
L’articlesouligne l’attraction de ce sport spécifiquement auprès des jeunes femmes cadres, à l’instar de Sun Ying, 35 ans, consultante juridique, qui confie que la pratique du golf l’oblige à ralentir le rythme, à envisager les choses de façon plus calme. Ce sport lui apprend à mieux se contrôler, ce qui a un impact positif sur son travail, précise-t-elle. Selon un professeur de golf de Shanghai cité par l’article, l’évolution du mode de vie des cols blancs, la hausse des salaires et la baisse des coûts d’inscription aux clubs de golf constituent les trois principales raisons de la descente de la pratique du golf dans l’échelle sociale chinoise.
Le ‘Guide pour le développement accéléré du secteur des sports et loisirs’ émis par le bureau général du Conseil d’Etat chinois en octobre 2016, comme le rapporte un article du portail Sina Sports, confirme que le golf n’est plus la bête noire du gouvernement mais une activité physique en vogue. Avec la bénédiction du ‘Guide’, les entrepreneurs de la nouvelle économie n’ont pas tardé à arriver sur ce jeune marché.

Adoubement des nouvelles technologies

En 2016 a été créée l’application 打高尔夫啦 Dagolfla , qui se présente comme « la première application chinoise dédiée au golf », et fait depuis l’objet d’articlesdétaillant le nombre de ses utilisateurs et mesurant son potentiel. Cité régulièrement dans les médias chinois, le fondateur de Dagolfla déclare « avoir pour objectif de démocratiser le golf, le rendre commercial et divertissant en Chine. » Les fonctions de l’application, explique-t-il, ont été « créées pour permettre au golfeur de se concentrer sur le jeu pendant que la formation des groupes, les scores ou encore la gestion des résultats peuvent être prises en charge par l’application. »
Visant spécifiquement les clubs de golf en Chine, l’application BtoB 乐挥 teekart.com, décrit comme « la plate-forme online asiatique leader dans les services intégrés autour du golf », a été lancé début 2015. Mi 2016, comme le précise un article paru sur le portail Sohu Sports, teekart avait réussi à connecter près de 15 clubs de golf auxquels il propose un support technologique et des services. Roger Hu, le fondateur de teekart, annonce que sa plate-forme « va résoudre les quatre enjeux majeurs des clubs de golf chinois : la réduction des coûts opérationnels, l’optimisation du business model, l’amélioration de l’expérience des membres et l’assistance marketing. » « Nous pouvons, assure-t-il, à l’aide des données rassemblées, dégager un portrait précis de chaque membre et faire une analyse fine de la situation de chaque catégorie de carte d’adhérents. »
Selon le site singapourien Zaobao, la Chine comptait 521 terrains de golf en 2013, contre 178 en 2004. Pour des raisons environnementales de préservation des réserves d’eau et des terres cultivables, le gouvernement chinois a mis un frein aux constructions de nouveaux terrains de golf, dont le nombre total aurait diminué à 439 en 2015, affirme le site spécialisé The R&A. Désormais en Chine, c’est la construction de nouveaux terrains de golf qui est limitée, pas la pratique.