Le vélo revient en force, poussé par les applications mobiles

Tombé en désuétude avec le boom automobile des années 1990, le vélo avait quasiment disparu du paysage urbain chinois. Les préoccupations environnementales des municipalités et les applications mobiles de partage le rendent à nouveau populaire.

Qui aurait cru que le vélo devienne un objet de convoitise des entrepreneurs de la nouvelle économie ? Les médias chinois ont été nombreux à se pencher sur la question après que Ofo, une start-up de partage de vélos née il y a deux ans sur le campus de l’Université de Pékin, a annoncé avoir levé 100 millions de US$ auprès de Didi Chuxing. La société chinoise de service de véhicules avec chauffeur sur application mobile, qui a avalé Uber China en août dernier, compte Apple parmi ses investisseurs (à hauteur d’un milliard de US$) depuis mai 2016.

Cet investissement de Didi Chuxing dans Ofo intervient alors que la pratique du vélo revient en force en Chine. Comme le souligne un article publié sur le portail Sina, la voiture avait ces dernières années remisé le vélo au rang d’outil ringard et synonyme de pauvreté. A Pékin, le taux de pratique du vélo était tombé de 63 % en 1986 à 14 % en 2013, en déclinant de 2 à 5 % par an à partir de 1990.

Mais la pollution extrême des villes a incité les autorités locales à installer des systèmes de vélos municipaux à l’instar du Velib’ parisien ou du Vélo bleu niçois. Les projets se sont développés à un rythme époustouflant : créé en 2008, le système de Hangzhou, ville dynamique du sud-ouest de Shanghai où est situé le siège du groupe Alibaba, compte par exemple plus de 2 000 points de location et 78 000 vélos en circulation, l’objectif étant d’atteindre 175 000 vélos d’ici 2020. En moyenne, le nombre d’utilisations par jour de vélos de location atteint 240 000.

D’outil ringard, il devient accessoire urbain et branché

Parallèlement, des sociétés privées de partage de vélos type Ofo se distinguent des vélos municipaux en développant des applications donnant accès aux réseaux de vélos, qui vérifient l’identité de l’utilisateur et proposent le paiement mobile sur Wechat Pay ou Alipay. Ofo a apposé sur ses vélos un QR Code que les utilisateurs peuvent scanner pour payer, débloquer le vélo et l’utiliser moyennant 1 yuan par heure. A Shanghai, Mobike, une autre société de partage de vélos concurrente de Ofo, équipe ses vélos d’un GPS de localisation. Les nouvelles technologies redonnent des couleurs au vélo qui devient un accessoire urbain et branché.

Les médias chinois prévoient que la compétition intense entre ces start-ups, au premier rang desquelles Ofo et Mobike, va stimuler le développement du marché. Tout en s’interrogeant sur leur business model et sur ce qui fait que Ofo pourrait être une ‘société phénomène’, ils scrutent les faits et gestes des entrepreneurs sur les réseaux sociaux. L’application d’informations sur les innovations et les start-ups chinoises 虎嗅 huxiu.com a relevé qu’en août dernier Wang Xiaofeng, CEO de Mobike, a invité sur Weibo le vice-président de l’Université de Pékin à essayer ses vélos, alors même que le campus de cette université a vu naître son concurrent Ofo.

Les critiques sont nombreuses. Certains disent que le taux national de destruction de vélos reste élevé, et que les infrastructures et la signalisation des villes ne sont pas suffisantes pour accueillir tous ces nouveaux vélos en circulation. D’autres se réjouissent de cette émulation autour du vélo, s’intéressent au développement du Smart Bike – bien que ce dernier soit aujourd’hui trop onéreux pour concerner ces sociétés de partage de vélo -, et espèrent que les villes chinoises seront bientôt sillonnées de pistes cyclables.